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Le guide du richard (10) :: La Famille Leysen

Thomas Leysen

Les Leysen sont omniprésents : FEB, Table ronde des industriels, politiques, médias, monde bancaire, université... Un concentré de pouvoir patronal qui rappelle un peu la jeuneSSe de papa.

Où dormir ?
Cher
• Anvers. Thomas Leysen habite à Wilrijk (Anvers), dans une – très – grosse villa située dans la même rue que la – très – grosse villa de papa, André Leysen. Elles ont été construites, à trente d’écart, en 1983 et 1953. Notons que la SPRL Emsens Jacques, société patrimoniale de… Jacques Emsens, un autre richard, a son siège dans la même rue. Christian Leysen possède sa propre villa à deux ou trois kilomètres de là, à Berchem.
• Knokke. Les Leysen détiennent deux appartements à Knokke, l’incontournable station balnéaire du patronat belge. André Leysen a aussi une propriété en Charente (France).

Où trouver la section Waffen SS la plus proche ?
Vous connaissez sans doute le fringant président de la fédération patronale FEB, Thomas Leysen. Mais à une époque, son père André Leysen (né en 1927), qui occupait le même fauteuil, était une véritable star du patronat. À une époque encore un peu plus lointaine, en 1944, il était membre des jeunesses hitlériennes et s’engageait dans la Waffen SS pour combattre sur le front de l’Est. Mais pour lui, l’Est s’est arrêté à Berlin. Et à son retour en Belgique, grâce à son jeune âge, il a fait seulement quatre mois de prison. Suivis d’une brillante carrière.

Où bien naître et faire un bon mariage ?
Les deux techniques les plus rapides pour s’enrichir sont la naissance et le mariage. Si Thomas Leysen et son frère aîné Christian ont profité de la première, leur père a goûté de la seconde en épousant en 1951 Anna Ahlers, héritière de la société Ahlers, agence maritime allemande active dans le port d’Anvers.
Le patrimoine actuel des Leysen repose sur quatre piliers. D’abord le groupe Ahlers que contrôle Christian Leysen à travers sa société Anacom. Puis, le groupe de presse Corelio, dont les Leysen possèdent quelque 20 % du capital (via Sofinim et elle-même via Synvest). Ensuite, les 886 020 actions Umicore détenues personnellement par Thomas Leysen. Enfin, les Leysen et une dizaine d’autres anciens actionnaires du holding Gevaert ont près de 13 millions d’actions KBC (3,58 % du capital) à travers la société Agev. À 30,37 euros l’action (valeur au 31 décembre 2009), cela représente tout de même un pactole de 388 millions.

Où lever l’ancrage ?
« Laissez-nous entreprendre », lançait Thomas Leysen, début 2010, dans un appel recueillant des milliers de signatures patronales. Pourtant, la politique familiale a plutôt été dictée par le mot d’ordre « Laissez-nous vendre ». André Leysen avait beau être un enfant du mouvement national flamand et un parrain du capitalisme flamand et/ou belge (faisant même mine de secourir la Société générale de Belgique contre une OPA italienne), il n’a jamais eu trop d’égard pour l’ancrage national.
Ainsi, aux commandes du groupe Ahlers, il revend 75 % du capital au groupe allemand Stinnes en 1971 (même si son fils Christian va racheter en 1994 la société qui porte le nom de sa mère). Idem avec Agfa-Gevaert (photographie), qu’en 1981, il va céder à la multinationale allemande Bayer (dont il sera administrateur).

Où concentrer les pouvoirs ?
La concentration de pouvoirs des Leysen est impressionnante.
1° Les organisations patronales. Ils les squattent de père en fils. André a accédé à la présidence de la FEB en 1984, Thomas en 2008. André a été membre de la toute puissante Table ronde des industriels européens de 1989 à 2002, Thomas lui a succédé en 2003.
2° Les conseils d’administration des grandes entreprises. En 1999, André Leysen occupait le top 3 du nombre de mandats dans des sociétés cotées. Aujourd’hui, Thomas et Christian ne sont pas en reste (Corelio, Umicore, Bank Metzler, CMB, Etex, UCB, KBC, Agfa-Gevaert, La Poste, etc.).
3° Les médias : en 1976, André Leysen a co-fondé le groupe VUM, devenu Corelio, que préside aujourd’hui Thomas Leysen.
4° Les cercles d’influence. Tandis qu’André était un proche du roi Baudouin, Thomas est membre de « Onderneming en Maatschappij », qui réunit tous les mois une vingtaine des patrons parmi les plus puissants de Belgique.
5° La politique : Christian Leysen est engagé à l’Open-VLD (comme son jeune fils Patrick) dont il a été un – éphémère – conseiller communal à Anvers et auquel il doit sa place d’administrateur à La Poste. Par ailleurs, les sociétés dirigées par les Leysen accueillent des pointures politiques à leur conseil d’administration, tel Jean-Luc Dehaene (Umicore) ou feu Karel Van Miert (Agfa-Gevaert).
6° Le monde académique : Christian Leysen est recteur l’University of Antwerp Management School (UAMS).

Où trouver une poste… à privatiser ?
Incroyable mais vrai : Christian Leysen a été nommé par l’Etat en tant qu’administrateur de La Poste alors qu’il est lui-même un capitaliste privé et que son père avait fait de la critique des entreprises publiques un de ses chevaux de bataille. A moins que Leysen fils y tienne simplement le rôle que jouait Leysen père au sein de Treuhandanstalt, l’organisme chargé de privatiser les entreprises publiques de l’ancienne Allemagne de l’Est : aider la Poste, déjà à moitié privatisée, à devenir 100 % privée.

Où trouver le paradis (fiscal) ?
André Leysen est vraiment un gentil papa : il a cédé son patrimoine aux enfants de son vivant. L’avantage est surtout fiscal, puisqu’il ne s’agit plus d’un héritage mais d’un don, ce qui permet d’éviter de payer des droits de succession.
Il faut dire que les Leysen ont un certain savoir faire pour éluder l’impôt. Pas étonnant pour des actionnaires importants de KBC, probablement la banque la plus fraudeuse de Belgique.
Prenez Tradicor, un des holdings de la famille Leysen : le dernier exercice (2008-2009) affiche un taux d’imposition de… 1,6 %. Prenez également Anacom, la maison-mère du groupe maritime Ahlers : elle possède des filiales dans trois paradis fiscaux spécialisés dans les pavillons de complaisance (Singapour, Hong Kong) ou les montages financiers pour leasing maritime (Luxembourg).
Notons enfin que la participation des Leysen dans la KBC est détenue via Agev, une Stichting Administratiekantoor, société de droit néerlandais très appréciée des gros détenteurs d’actions.
 

La fortune des Leysen


• Fortune 20091 : 148 millions € (58e du top 100).
• Evolution 2000-2009 : + 57 %
• Taxe des millionnaires sur cette fortune : 4 361 500 €. De quoi augmenter de 100 € par mois la pension de 3 635 pensionnés.
1. Selon les estimations du journaliste Ludwig Verduyn